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Tritrichomonas foetus


Depuis déjà longtemps, le Tritrichomonas fœtus est un parasite connu pour causer des infections vénériennes chez les bovins. On a découvert récemment qu’il était souvent la cause de diarrhée provenant du gros intestin chez les chats, particulièrement les jeunes chats gardés dans des endroits tels que des chatteries ou refuges où la population féline est dense.

Il s’agit d’un parasite microscopique formé d’une seule cellule colonisant le gros intestin ainsi que la dernière portion du petit intestin. Typiquement, cela résulte en une diarrhée chronique ayant la consistance de selles de vache malodorantes avec parfois du sang frais et du mucus. Dans les cas sévères, le chat peut avoir des pertes involontaires de gouttes de selles ainsi qu’avoir l’anus enflammé mais, en général, il ne maigrit pas et conserve un bon appétit. À l’opposé, plusieurs chats ne démontrent aucun symptôme.

Le parasite est excrété avec les selles dans lesquelles il peut survivre tout au plus jusqu’à trois jours en autant qu’elles restent humides. C’est probablement en pilant dans ces selles puis en se léchant les pattes lors du toilettage qu’un chat s’infecte du parasite. Une transmission vénérienne chez les chats n’a pas été démontrée à ce jour.
 
Il existe trois façons de diagnostiquer l’infection. La première consiste à identifier le parasite dans un frottis de selles. Il s’agit en fait d’examiner au microscope une petite goutte de selles fraîches mélangées à de la solution saline physiologique et y rechercher l’organisme vivant. La deuxième méthode consiste à procéder à une culture des selles dans un milieu favorisant la croissance du parasite. Finalement, des tests d’ADN constituent la troisième méthode diagnostique. Lorsque l’un ou l’autre de ces tests s’avère positif alors le diagnostic est confirmé. Malheureusement, lorsque le test s’avère négatif, on ne peut pas être certain qu’il n’y a pas d’infection puisque plusieurs facteurs peuvent faire en sorte qu’on peut ?manquer? le parasite. Par exemple, si l’échantillon de selles n’était pas frais, s’il était mélangé à de la litière ou encore s’il avait été réfrigéré alors il est possible que le parasite ait été détruit. Également, il est plutôt rare d’obtenir un résultat positif si le test a été fait sur un échantillon de selles sèches ou de consistance normale, ou encore si le chat recevait des antibiotiques au moment du test. Il est donc souvent nécessaire de répéter un test dont le résultat est négatif lorsque l’on soupçonne fortement la présence du parasite. Bien qu’il s’agisse de la méthode la plus dispendieuse, c’est avec le test d’ADN qu’on a le plus de chance de détecter le parasite, qu’il soit mort ou vivant. Par contre, l’échantillon doit être envoyé à un laboratoire externe et cela nécessite quelques jours avant d’avoir le résultat.

Le traitement consiste à administrer au chat, par voie orale pendant 14 jours, un médicament portant le nom de ronidazole (il faut porter des gants lors de la manipulation du produit). Étant donné qu’après avoir été rapidement et complètement absorbé par le tractus gastrointestinal, le médicament est éliminé très lentement, certains chats sont prédisposés à développer des signes de toxicité neurologique. Entre autres, on peut observer de l’abattement, une perte d’appétit, une démarche chambranlante ainsi que des convulsions. Lorsque de tels symptômes sont évidents, il est très important d’arrêter le traitement et de contacter le vétérinaire immédiatement sinon la vie du chat peut être en danger.

Généralement, ces signes disparaissent avec le prompt arrêt du médicament bien qu’ils peuvent aussi empirer avant de s’améliorer au cours des prochains jours au point de nécessiter l’hospitalisation du chat. Il est toujours utile de retester le chat lorsque le médicament a dû être arrêté en cours de traitement parce que plusieurs de ces chats ont reçu suffisamment de ronidazole pour tuer le parasite.
 
En général, la diarrhée s’améliore beaucoup pendant la période de traitement. Cependant, cela peut prendre plusieurs semaines avant qu’elle ne disparaisse complètement à cause de l’inflammation importante au niveau du gros intestin et ce, même si le parasite a été détruit depuis longtemps déjà. Dans le cas où il y a encore de la diarrhée plus de 2 semaines après la fin du traitement, il est recommandé de retester le chat. Si le résultat est négatif, il faut alors considérer d’autres causes de diarrhée. Lorsque le traitement semble avoir été inefficace, c’est probablement pour l’une ou l’autre des raisons suivantes : si la dose de ronidazole ou la durée de traitement étaient inadéquates, si le chat n’a pas bien pris le médicament ou encore si le chat s’est réinfecté avec le parasite excrété par un autre chat de la maisonnée, qu’il souffre de diarrhée ou non. Voilà pourquoi tous les chats habitant sous le même toit devraient être testés. Ceux dont le résultat s’avère positif devraient être traités et isolés de ceux qui ne sont pas infectés. Il est intéressant de noter que la diarrhée va en général se résorber spontanément (sans traitement) chez la plupart des chats (88%) mais cela peut prendre jusqu’à deux ans. Par contre, 55% de ces chats vont rester porteurs du parasite ce qui veut dire qu’ils peuvent le transmettre aux autres chats.
 
En plus du traitement spécifique contre le parasite, on peut aussi tenter de contrôler la diarrhée à l’aide d’une diète plus facilement digestible ainsi que de supplémenter le chat avec des probiotiques visant à remplacer sa flore intestinale.
 

Dre Isabelle Lacombe M.V.
 
RÉFÉRENCE :
Tolbert, MK et Gookin, J. Tritrichomonas fœtus : A New Agent of Feline Diarrhea. Compendium on Continuing Education for the Practicing Veterinarian. August 2009. 
 
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